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  • ComposHer

Lumière sur les compositrices romantiques françaises - 5/8

Dernière mise à jour : 6 avr. 2023

Mars 2023

« Compositrices », Bru Zane Label


« Après avoir écouté ces dix heures de musique, il ne sera plus possible d’évacuer les compositrices du champ de la programmation de concerts sous prétexte d’absence d’ouvrages valables ou consistants. »

(Alexandre Dratwicki, Palazzetto Bru Zane)


En 8 disques, 21 compositrices et plus de 160 pièces, l'ambition de ce coffret discographique publié par le Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique française est donc de favoriser une redécouverte massive du répertoire des compositrices romantiques françaises. Pour saluer ce projet dont l'ampleur est à la mesure de la richesse de cette musique, ComposHer publiera tout au long du mois de mars des comptes-rendus de chacun des disques.

Bru Zane Label

Disque #5

Mel Bonis Sonate pour violoncelle (1905) :

I. Moderato quasi andante. Allegretto – II. Très lent – III. Finale : Moderato Molto. Allegro con fuoco

Victor Julien-Laferrière, violoncelle ; Théo Fouchenneret, piano

Cécile Chaminade Concertino pour flûte et orchestre (1902)

Orchestre national de Metz ; David Reiland, direction ; Claire Le Boulanger, flûte Mel Bonis

Suite en forme de valses (1898) : Ballabile – Valse lente – Danse sacrée – Scherzo-Valse – Interlude et Bacchanale

Roberto Prosseda et Alessandra Ammara, piano Pauline Viardot

Aimez-moi (1886, texte anonyme du xve siècle) Haï-luli ! (1880, texte de Xavier de Maistre) Ici-bas tous les lilas meurent (1887, texte de Sully Prudhomme)

Solitude (1843, texte d’Édouard Turquety) Les Filles de Cadix (1887, texte d’Alfred de Musset) Havanaise (1880, texte anonyme) L’Absence (1844, texte anonyme)

Aude Extrémo, mezzo-soprano ; Étienne Manchon, piano Charlotte Sohy

Sonate pour piano (1910) : I. Animé –II. Lent – III. Très vif

Marie Vermeulin, piano


Le cinquième disque du coffret « Compositrices » du Palazzetto Bru Zane est consacré à des compositrices bien identifiées. En grande partie dédié à la musique de Mel Bonis, il est complété par la Sonate pour piano de Charlotte Sohy, le Concertino de Cécile Chaminade bien connu des flûtistes, et quelques mélodies parmi les plus célèbres de Pauline Viardot. Aucun inédit donc, mais de belles pièces qui méritaient assurément un enrichissement de leur discographie.


Le disque s’ouvre sur la Sonate pour violoncelle et piano de Mel Bonis. Si cette sonate n’est sans doute pas le chef-d’œuvre de la compositrice française, le mélancolique « Très lent » n’est ici pas dépourvu de charme : le toucher chaleureux de Théo Fouchenneret soutient à la perfection le chant du violoncelle de Victor Julien-Laferrière. Si les aigus de ce dernier manquent un peu de corps, ses graves riches et denses apportent une profondeur bienvenue à l'œuvre. Le « Moderato quasi andante » est moins convaincant, manquant de relief, mais les deux musiciens brillent dans les fulgurances passionnées du final. L’ensemble serait toutefois mieux servi par une prise de son moins aigre – rien n’est pardonné aux deux interprètes dont chaque note ressort dans une sorte de lumière crue.


Par contraste, le Concertino de Chaminade frappe par sa légèreté. La flûte de Claire Le Boulanger est d’une grande précision et fait ressortir avant tout la candeur et l’espièglerie de la partition, ainsi que quelques beaux moments suspendus dans la cadence. L’Orchestre National de Metz est en forme sous la baguette de David Reiland, et sait donner à l’accompagnement parfois très sobre le souffle dont a besoin la soliste pour avancer dans la partition, même si ses attaques pourraient être un peu plus nettes.


La Suite en forme de valses de Mel Bonis maintient l’auditeur dans une ambiance Belle Epoque. La version pour piano quatre mains, plus compliquée à mener en termes de relief et de profondeur que la version orchestrée, fait ici l’objet d’une lecture résolument dansante par Roberto Prosseda et Alessandra Ammara. Ce choix s’avère judicieux dans la « Ballabile » ou dans la festive « Bacchanale » finale, qui ne manquent pas de personnalité, mais peu flatteur dans les mouvements lents (« Danse sacrée »), singulièrement dépourvus de poésie – mais là encore, la prise de son assez sèche joue également un rôle.


Portée par le timbre chaud et ample d’Aude Extrémo, la musique de Viardot est touchante : la mezzo-soprano conserve à tout instant une prononciation extrêmement claire et n’abuse pas du vibrato, ce qui donne un côté très incarné à cette sélection de mélodies particulièrement mélancoliques. Si quelques imperfections d’intonation persistent, notamment dans les attaques, on ne peut qu’être ému.e par la méditative « Ici-bas tous les lilas meurent » – même si la prise de son pêche à nouveau, avec un effet de spatialisation de la voix très étrange. Le résultat est un peu moins heureux dans les mélodies plus allantes - « Les filles de Cadix », « Havanaise » – la chanteuse étant moins à l’aise dans les vocalises plus virtuoses. Et surtout, quel dommage que le piano d’Etienne Manchon demeure si froid…


C’est la Sonate op. 6 de Charlotte Sohy qui clôture ce disque. Marie Vermeulin en propose une lecture très intérieure et tourmentée, sans aller chercher du côté du spectaculaire. Son jeu fait ressortir l’étrangeté de cette sonate, ses fulgurances, ses creux et ses remous. Les sections les plus vives et impétueuses de l’ « Animé » initial sont ainsi particulièrement bien mises en relief par les – rares – passages plus chantants, vraiment aériens, presque désincarnés. Le « Lent », très libre, atteint des sommets poétiques, le toucher de Marie Vermeulin se faisant tendre et moelleux. Seul le « Très vif » final pourrait aller plus loin dans la recherche de contrastes – on aimerait des sommets plus francs et plus lumineux. Qu’importe, cette lecture personnelle demeure passionnante.


Isabelle Rollin



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